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12 janvier 2016 2 12 /01 /janvier /2016 02:09
Carmen Moore est Felixia

Carmen Moore est Felixia

Drunktown's finest (2015)

 

Premier long métrage de la réalisatrice Navajo Sydney Freeland avec un casting entièrement Navajo sur la communauté d'une réserve Navajo, j'ai eu la chance de le voir au festival Alter'Natif à Paname y'a quelques mois pour l'une de ses rares projos en France. On y croise plusieurs portraits : ceux de Sickboy, de retour de l'armée et non-investi dans sa vie de jeune père de famille, de Nizhoni élévée par une famille bourge blanche chrétienne loin de la "dangerosité" des réserves amérindiennes et donc de ses racines qu'elle cherche à mieux connaître et enfin Felixia, jeune femme trans dont le père est chaman, qui elle oscille entre le travail du sexe et le voeu de devenir Miss Navajo.

 

Felixia n'est qu'un portrait parmi ces 3 là, qui vont bien sûr se croiser, mais un des rôles qui m'ont le plus touché parmi cette sélection de transwomen of color que j'ai pu voir au cinéma récemment. Primo, parce que c'est Carmen Moore, une femme trans elle-même qui l'interpréte et qui a aussi vécu en réserve Navajo en Arizona. Secundo, Drunktown's finest aborde plusieurs autres questions sociales (addiction, extrême pauvreté, marginalisation des populations des réserves, famille entre acculturation et transmissions des rites) mais plus encore refuse l'opposition traditionnelle raciste des films sur des queers of color avec leurs "arriéré-e-s" de parents indigènes ou leur culture et leur religion obscurantistes, en rendant hommage à la reconnaissance ancienne des "two-spirit" dans les spiritualités amérindiennes au coeur même des Etats-Unis si transphobes.

Harmony Santana est Vanessa

Harmony Santana est Vanessa

Gun Hill Road (2011)

 

 

Dans Gun Hill Road de Rashad Ernesto Green (qui dit s'être inspiré d'une histoire vraie), on suit Vanessa, jeune femme de culture porto-ricaine en début de transition dans le Bronx, en proie à des relations mouvementées dans sa famille et son quartier, chamboulés depuis le retour de son père de prison qui refuse sa transition.

 

Ici, on est en plein film de clash familial qui éclate à la gueule de la jeune trans of color. Si sa mère (l'actrice Judy Reyes, que vous connaissez certainement de la série Scrubs) respecte son identité, l'incompréhension puis la virulence de son père (joué par Esai Morales, déjà vu dans La Bamba sur Ritchie Valens et Paid in Full avec Mekhi Phifer), en attente de la reproduction de sa propre virilité et par peur de perdre la face face à ses potes de quartier, montrent bien le décalage produit dans les familles racisées, brisées par l'absence d'un des leurs passés par plusieurs années derrière les barreaux. Au lieu de retrouver une sérénité familiale par leur réunion, les retrouvailles deviennent bien vite une arène pour la réaffirmation du patriarche.

 

Grâce à cette performance toute en finesse en 2011, Harmony Santana, métisse porto-ricaine et dominicaine, qui interpréte Vanessa, est la première actrice trans out à avoir été nominée pour un premier rôle dans le cinéma US. 

 

Ce que j'ai trouvé intéressant par ailleurs, c'est le développement dans le film de sa vie sentimentale où, dans l'intimité, à l'inverse de son quartier, elle peut s'afficher comme la femme qu'elle est mais souffre toutefois de la pleutrerie des mecs en relation avec une femme trans. 

Mya Taylor est Alexandra et Kiki Rodriguez est Sin-Dee

Mya Taylor est Alexandra et Kiki Rodriguez est Sin-Dee

Tangerine (2015)

 

Plus populaire que les films précédents, vous avez déjà dû entendre parler de Tangerine de Sean Baker à défaut de l'avoir tou-te-s vu. Pourquoi autant de succès? Sa réalisation originale (entièrement filmé sur un Iphone, avec un très petit budget). Son casting de trans meufs of color sur des trans meufs of color. Son style décalé et acerbe aussi.

 

Y'a de tout ça, c'est sûr. Après, on m'empêchera pas de penser que tous les élites gays s'enthousiasment en festoche LGBT pour des films sur des trans' - en ce moment hein - (les récompensés Facing Mirrors ou encore Romeos malgré son machisme épouvantable), ça donne bonne conscience, ça relève le niveau des festivals et donne plus de variétés dans les nominés depuis que le "cinéma lesbien et gay" suscite maintenant l'indigestion par ses copies aseptisées de comédies sentimentales hétérotes et sort maintenant direct en DVD ses dernières bobines en mode job de cadre à NY-coming out-mariage avec la belle famille comme seul horizon d'arc-en-ciel dans nos vies visiblement. IT NEVER GETS BETTER. Pire, ça devient arty, bleuté et lisse à souhait façon Sciamma ou Dolan comme le dit si bien une amie :D

 

Je souhaite tout le succès à chacun des films sur des trans', par des trans' pour les trans' mais pas au prix de leur récupération comme bonne conscience par l'agenda dépolitisé LGBT et la négation de la réalité sociale et politque que nous subissons en tant que trans' à différent niveau : meurtre-psychiatrisation-tentatives de suicide-à la rue-SIDA-dépressions-humiliations administratives-répressions des trans sex workeuses-stérilisations forcées-transféminicide etc...

 

Dans Tangerine, on suit quelques heures à peine d'une journée à L.A. de 2 meufs trans of color travailleuses du sexe : Sin-Dee (jouée par Kitana Kiki Rodriguez, qui fut elle-même travailleuse du sexe), qui sort juste d'une sentance de 30 jours de prison et veut se venger de son mec (qui est aussi son proxénète) qui l'a trompée et son amie, Alexandra (Mya Taylor qui cette année sera dans le court-métrage co-réalisé par Reina Gossett intitulé Happy Birthday, Marsha! dans le rôle même de Marsha "Pay it No Mind" Johnson !), qui elle cherche à percer dans la chanson.

 

On peut être volontiers gênéEs par le choix de mettre en avant une histoire de vengeance de rue entre une meuf trans et sa rivale cis camée travailleuse du sexe aussi, plutôt que la relation entre les deux meufs trans dont l'une, par ses espoirs peu probables de percer dans le monde de la musique à L.A., est pendant longtemps le cadet des soucis de sa pote Sin-Dee mais aussi en retrait sur la plupart de la pellicule. Seule la violence transphobe de rue les réunit. Les dramas des unes se croiseront avec ceux de Razmik, un chauffeur de taxi arménien, marié, père de famille et client des travailleuses du sexe trans de L.A.. Les actrices ont été toutes deux plusieurs fois primées pour leur rôle.

 

 

Au final, j'ai été plus ému par Drunktown's finest, plus admiratif par le style esthétique de Tangerine qui filme L.A. littéralement depuis ses trottoirs avec brio et plus convaincu par la performance de Harmony Santana dans Gun Hill Road. Enfin, j'espère que vous aussi aurez la chance de voir bientôt ces trois films importants portées par des femmes trans of color elles-mêmes, certains sont trouvables en ligne et n'hésitez pas à m'en recommander d'autres !

 

 

 

Hors du contexte de répresentation US des femmes trans of color, un rôle intéressant mais stéréotypée dans un film policier sud-coréen récent, assez violent assez mélo à la fois : Man on high Heels de Jang Jin (avec un mec cis dans le rôle principal). Comme j'ignore tout du contexte sud-coréen, difficile de juger de sa pertinence.

Tangerine (2015) de Sean Ba

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Published by Vincent Fortune - dans cinéma Trans' Race
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