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5 juin 2017 1 05 /06 /juin /2017 09:00
Boycott des films de Gal Gadot, nouvelle Wonder Woman

- a servi comme instructrice au combat dans l'armée coloniale israélienne entre 2003-2005

- a fait la promo comme mannequin pour valoriser les femmes dans l'armée israélienne en 2007

- a soutenu le massacre israélien de Gaza en 2014

 

Si vous avez quand même envie de voir Wonder Woman, y'a toujours l'animé de 2009 qui raconte grosso modo la même histoire.

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24 avril 2017 1 24 /04 /avril /2017 09:00
La Ballade de Mulan - Chanson de geste de Magnolia 

http://www.ventdusoir-poesie.fr/ballade-mulan.htm : avec le texte en chinois

http://www.freres-d-ames.fr/legendemulan.htm : sur la légende de Hua Mulan

 

 

Grince et crisse, frôle et puis grince et crisse,
C’est Mulan qui à son huis tisse.
On n’entend point métier sonner,
On n’entend que plaintes et soupirs.

Dites-nous, à quoi pense la fille ?
Dites-nous, à quoi rêve la fille ?
Or la fille, elle ne pense à rien.
Or la fille, elle ne rêve à rien.

Vit la veille le placard militaire,
En grand compte, le Khan veut des soldats.
Cet édit douze volumes emplit,
Sur chacun, son père a son nom mis.

Son Papa n’a point de fils aîné,
Et Mulan n’a point de frère âgé.
Elle désire pourvoir un destrier,
Désormais pour son père en campagne.

Foire de l’Est, achète un bon coursier,
Foire de l’Ouest, achète selle, coussinet,
Foire du Sud, achète guide et rênes,
Foire du Nord, achète un grand fouet.

Au matin, salue père et mère, part.
Au soir, couche aux rives du Huang He.
N’entend plus son père, sa mère
                  leur fille appeler,
Mais entend du Huang He les flots 
                  en torrents rugir surgissant.

A l’aube, salue le Huang He, part.
Au couchant, passe en haut du mont Hei.
N’entend plus son père, sa mère
                  leur fille appeler,
Mais entend au mont Han des Barbares
                  les montures hennir mugissant.

Mène au front cent combats décisifs,
Comme en vol, franchit passes et monts,
Brise du Nord porte le gong de nuit,
En armures qui brillent de lune froide,

A l’assaut cent tombent au combat,
Dix années parmi les braves retourne.
Retourne et vient devant le Fils du Ciel,
Fils du Ciel en Palais de Lumière.

Aux honneurs l’inscrit au meilleur rang.
« Je te donne pour cent mille boisseaux.
Que veux-tu ? » C’est le Khan qui s’enquiert.
Mais Mulan ne tient pas au Secrétariat.

« Prêtez-moi un cheval de mille li
Pour rentrer dans mon pays natal ».
Père et mère entendent leur fille venir,
Passent les portes bras dessus - bras dessous

Sœur aînée entend cadette rentrer,
A son huis de son rouge affairée.
P’tit cadet entend l’aînée rentrer,
Aiguise la lame en étincelles pour cochon et mouton.

Me voici : j’ouvre les portes d’Ouest.
Me voici : assise au lit de l’Est.
Me voici : sans tunique de guerre.
Me voici : en jupe d’autrefois.

En chignon parée à la croisée,
Au miroir une fleur accrochée,
Hors des portes devant ses compagnons,
Compagnons tous surpris, effarés :

« Douze années l’avons accompagnée :
Qui savait Mulan être ainsi Demoiselle ? »

Sire Lapin bondissant nez au vent,
Dame Lapine au regard éperdu,
Deux lapins côte à côte ventre à terre,
Va savoir, mon ami, quel est mâle, quelle femelle ?

Excellente adaptation de la légende, un vrai film épique, romantique et tragique !

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Published by Vincent Fortune - dans Poésie cinéma
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12 janvier 2016 2 12 /01 /janvier /2016 02:09
Carmen Moore est Felixia

Carmen Moore est Felixia

Drunktown's finest (2015)

 

Premier long métrage de la réalisatrice Navajo Sydney Freeland avec un casting entièrement Navajo sur la communauté d'une réserve Navajo, j'ai eu la chance de le voir au festival Alter'Natif à Paname y'a quelques mois pour l'une de ses rares projos en France. On y croise plusieurs portraits : ceux de Sickboy, de retour de l'armée et non-investi dans sa vie de jeune père de famille, de Nizhoni élévée par une famille bourge blanche chrétienne loin de la "dangerosité" des réserves amérindiennes et donc de ses racines qu'elle cherche à mieux connaître et enfin Felixia, jeune femme trans dont le père est chaman, qui elle oscille entre le travail du sexe et le voeu de devenir Miss Navajo.

 

Felixia n'est qu'un portrait parmi ces 3 là, qui vont bien sûr se croiser, mais un des rôles qui m'ont le plus touché parmi cette sélection de transwomen of color que j'ai pu voir au cinéma récemment. Primo, parce que c'est Carmen Moore, une femme trans elle-même qui l'interpréte et qui a aussi vécu en réserve Navajo en Arizona. Secundo, Drunktown's finest aborde plusieurs autres questions sociales (addiction, extrême pauvreté, marginalisation des populations des réserves, famille entre acculturation et transmissions des rites) mais plus encore refuse l'opposition traditionnelle raciste des films sur des queers of color avec leurs "arriéré-e-s" de parents indigènes ou leur culture et leur religion obscurantistes, en rendant hommage à la reconnaissance ancienne des "two-spirit" dans les spiritualités amérindiennes au coeur même des Etats-Unis si transphobes.

Harmony Santana est Vanessa

Harmony Santana est Vanessa

Gun Hill Road (2011)

 

 

Dans Gun Hill Road de Rashad Ernesto Green (qui dit s'être inspiré d'une histoire vraie), on suit Vanessa, jeune femme de culture porto-ricaine en début de transition dans le Bronx, en proie à des relations mouvementées dans sa famille et son quartier, chamboulés depuis le retour de son père de prison qui refuse sa transition.

 

Ici, on est en plein film de clash familial qui éclate à la gueule de la jeune trans of color. Si sa mère (l'actrice Judy Reyes, que vous connaissez certainement de la série Scrubs) respecte son identité, l'incompréhension puis la virulence de son père (joué par Esai Morales, déjà vu dans La Bamba sur Ritchie Valens et Paid in Full avec Mekhi Phifer), en attente de la reproduction de sa propre virilité et par peur de perdre la face face à ses potes de quartier, montrent bien le décalage produit dans les familles racisées, brisées par l'absence d'un des leurs passés par plusieurs années derrière les barreaux. Au lieu de retrouver une sérénité familiale par leur réunion, les retrouvailles deviennent bien vite une arène pour la réaffirmation du patriarche.

 

Grâce à cette performance toute en finesse en 2011, Harmony Santana, métisse porto-ricaine et dominicaine, qui interpréte Vanessa, est la première actrice trans out à avoir été nominée pour un premier rôle dans le cinéma US. 

 

Ce que j'ai trouvé intéressant par ailleurs, c'est le développement dans le film de sa vie sentimentale où, dans l'intimité, à l'inverse de son quartier, elle peut s'afficher comme la femme qu'elle est mais souffre toutefois de la pleutrerie des mecs en relation avec une femme trans. 

Mya Taylor est Alexandra et Kiki Rodriguez est Sin-Dee

Mya Taylor est Alexandra et Kiki Rodriguez est Sin-Dee

Tangerine (2015)

 

Plus populaire que les films précédents, vous avez déjà dû entendre parler de Tangerine de Sean Baker à défaut de l'avoir tou-te-s vu. Pourquoi autant de succès? Sa réalisation originale (entièrement filmé sur un Iphone, avec un très petit budget). Son casting de trans meufs of color sur des trans meufs of color. Son style décalé et acerbe aussi.

 

Y'a de tout ça, c'est sûr. Après, on m'empêchera pas de penser que tous les élites gays s'enthousiasment en festoche LGBT pour des films sur des trans' - en ce moment hein - (les récompensés Facing Mirrors ou encore Romeos malgré son machisme épouvantable), ça donne bonne conscience, ça relève le niveau des festivals et donne plus de variétés dans les nominés depuis que le "cinéma lesbien et gay" suscite maintenant l'indigestion par ses copies aseptisées de comédies sentimentales hétérotes et sort maintenant direct en DVD ses dernières bobines en mode job de cadre à NY-coming out-mariage avec la belle famille comme seul horizon d'arc-en-ciel dans nos vies visiblement. IT NEVER GETS BETTER. Pire, ça devient arty, bleuté et lisse à souhait façon Sciamma ou Dolan comme le dit si bien une amie :D

 

Je souhaite tout le succès à chacun des films sur des trans', par des trans' pour les trans' mais pas au prix de leur récupération comme bonne conscience par l'agenda dépolitisé LGBT et la négation de la réalité sociale et politque que nous subissons en tant que trans' à différent niveau : meurtre-psychiatrisation-tentatives de suicide-à la rue-SIDA-dépressions-humiliations administratives-répressions des trans sex workeuses-stérilisations forcées-transféminicide etc...

 

Dans Tangerine, on suit quelques heures à peine d'une journée à L.A. de 2 meufs trans of color travailleuses du sexe : Sin-Dee (jouée par Kitana Kiki Rodriguez, qui fut elle-même travailleuse du sexe), qui sort juste d'une sentance de 30 jours de prison et veut se venger de son mec (qui est aussi son proxénète) qui l'a trompée et son amie, Alexandra (Mya Taylor qui cette année sera dans le court-métrage co-réalisé par Reina Gossett intitulé Happy Birthday, Marsha! dans le rôle même de Marsha "Pay it No Mind" Johnson !), qui elle cherche à percer dans la chanson.

 

On peut être volontiers gênéEs par le choix de mettre en avant une histoire de vengeance de rue entre une meuf trans et sa rivale cis camée travailleuse du sexe aussi, plutôt que la relation entre les deux meufs trans dont l'une, par ses espoirs peu probables de percer dans le monde de la musique à L.A., est pendant longtemps le cadet des soucis de sa pote Sin-Dee mais aussi en retrait sur la plupart de la pellicule. Seule la violence transphobe de rue les réunit. Les dramas des unes se croiseront avec ceux de Razmik, un chauffeur de taxi arménien, marié, père de famille et client des travailleuses du sexe trans de L.A.. Les actrices ont été toutes deux plusieurs fois primées pour leur rôle.

 

 

Au final, j'ai été plus ému par Drunktown's finest, plus admiratif par le style esthétique de Tangerine qui filme L.A. littéralement depuis ses trottoirs avec brio et plus convaincu par la performance de Harmony Santana dans Gun Hill Road. Enfin, j'espère que vous aussi aurez la chance de voir bientôt ces trois films importants portées par des femmes trans of color elles-mêmes, certains sont trouvables en ligne et n'hésitez pas à m'en recommander d'autres !

 

 

 

Hors du contexte de répresentation US des femmes trans of color, un rôle intéressant mais stéréotypée dans un film policier sud-coréen récent, assez violent assez mélo à la fois : Man on high Heels de Jang Jin (avec un mec cis dans le rôle principal). Comme j'ignore tout du contexte sud-coréen, difficile de juger de sa pertinence.

Tangerine (2015) de Sean Ba
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Published by Vincent Fortune - dans cinéma Trans' Race
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13 août 2015 4 13 /08 /août /2015 16:00
Cinéma HK #8 : Bun-Man, The Untold Story (1993)

Bun-Man, The Untold Story / The Eight Immortals Restaurant (1993) d’ Herman Yau avec Anthony Wong, Danny Lee.

Quand des flics crétins et machos enquêtent sur un serial killer, faut pas s’attendre à une fin proche des massacres.

Bun-Man est un film classé Catégorie III pour sa violence extrême (cadavre en putréfaction, immolation, sévices sexuels, exécution de bambins… ), qui par son sens du trash et le jeu vraiment flippant d’un des mes acteurs HK préférés, Anthony Wong (primé aux HK Awards pour ce rôle), s’est largement distingué à HK et à travers le monde. Ce qui n’est pas facile pour les films de cette catégorie, populaire à HK, mais peu diffusé en dehors et peu valorisé non plus…

Tiré de faits divers réels survenus à Macau ? à la fin des années 80, l’histoire tourne autour d’événements horribles survenus autour du 8 Immortals Restaurant, qui a parfois donné son nom au film.

Bon app' !

Le film se trouve en intégral sur YouTube avec des sous-titres anglais.

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4 août 2015 2 04 /08 /août /2015 20:26
Cinéma HK #7 : Prison on fire (1987)

Prison on fire 1 (1987) de Ringo Lam avec Chow Yun-fat, Tony Leung Ka-fai.

Un singe et un mouton parmi les lions.

Un film violent mais au ton très touchant grâce au duo très efficace Chow Yun-fat / Tony Leung Ka-fai (le Tony Leung homonyme méconnu ici). Avec l'univers carcéral, le réal' Ringo Lam poursuit son analyse des travers sociaux d'une cité de Hong-Kong toujours plus au bord du précipice (Triptyque On Fire : City on fire en 1987 aussi - grosse source de plagiat d'inspiration pour Tarantino, Prison on fire la même année et enfin School on fire en 1988).


Un jeune commercial dans la pub est emprisonné à la suite d’un homicide involontaire et devient le bouc-émissaire d’une lutte sans pitié entre Triades en prison, le tout sous l’œil sadique du gardien Hung surnommé le Tueur (l’excellent Roy Cheung, qui jouait aussi un rôle de salaud dans City on fire). De quoi légitimement avoir envie dès les premières semaines en taule de s’ouvrir le bide avec un morceau de verre… Mais l’amitié et l’entraide ne sont jamais loin non plus dans la promiscuité où ton ami éternel deviendra celui qui chie à côté de toi quand tu nettoies déjà les chiottes…


On sent réellement la distance qui sépare ces hommes de la liberté par les plans extérieurs de la baie de Hong-Kong, où même les travaux en extérieur ne sont qu’esclavage moderne. Les scènes de bagarre chaotiques dans la laverie et les dortoirs sont hallucinantes : comme quoi on peut être esthète sans plans feutrés bleutés gnan gnan et bobo à la Sofia Coppola ou Xavier Dolan. J'ai pas trop aimé par contre Prison on fire 2 qui souffre de l'absence de Tony Leung Kai-fai.

Roy Cheung dans le rôle du maton sadique

Roy Cheung dans le rôle du maton sadique

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12 janvier 2015 1 12 /01 /janvier /2015 21:57
Han Gong-Ju (à droite) et son amie Eun-hee
Han Gong-Ju (à droite) et son amie Eun-hee

Cet article est dédicacé à Nadine Bebek, parce que tu fais vibrer nos coeurs.

Sortis à peu de temps d'intervalle au mois novembre 2014 dans les salles françaises, A cappella de Lee Sujin et A girl at my door de July Jung ont trois points communs importants outre le fait qu'ils nous viennent tous deux de la Corée du Sud : ce sont les premiers longs métrages de leur réalisateur-trice, les principales protagonistes sont des meufs et leur visibilité à leur sortie – tant critique qu’en terme de semaine en salle – a été très médiocre.

Leur titre international gomme malheureusement leur principal atout qui est de porter la voix des « héroïnes » éponymes Han Gong-ju pour A cappella et Dohee-Ya pour A girl at my door.

L’exclusion, le secret et la reconstruction de soi :

Ce qui marque tout d’abord pour ces deux films assez différents, c’est la sobriété de la mise en scène couplée à l’intelligence du discours et du point de vue des « héroïnes » qui n’agissent pas selon des critères de moralité et de respectabilité mais de survie et d’exigence à un respect dû mais aussi, dans le cas du personnage de Dohee, pour le droit d’être aimée et choyée quand on est enfant.

J’arrête la comparaison ici et j’vais m’intéresser d’abord à A cappella / Han Gong-ju qui peut être vu comme la mise en récit du slogan féministe contre la culture du viol : « la honte doit changer de camp » et toute la difficulté de le faire exister.

Le récit, qui se concentre autour de la figure esseulée et renfermée de l’adolescente Han Gong-ju (interprêtée par Chun Woo-hee, qui jouait dans Mother de Joon-ho Bong), nous offre quelques trouvailles appréciables : non pas le flash-back progressif plutôt conventionnel qui nous révélera ce dont on on se doutait déjà, mais plutôt la musicalité interne de la jeune fille qui rythme de nombreuses séquences sans dialogue pour mieux exprimer son détachement de la réalité et sa seule possibilité d'expression post-traumatique par la musique.

Mais dans un monde où les mecs cis sont tous des lâches, mêmes ceux qui prétendaient l'aider (son père alcoolique, le nouveau mari flic – lâche bien sûr - de son hébergeuse, son ancien prof peu présent dans sa nouvelle vie, la "fiotte" qui subit du bullying extrême mais finit sous la contrainte du "monsieur chien taré" par la droguer et la violer lui aussi), où la justice s'achète selon si t'es d'la police ou non, elle ne peut compter que sur elle-même et les talents dont elle est dotée, face aux "gorilles" et à la précarité de la solidarité entre meufs, mises aussi à l'épreuve sous la pression du conformisme.

Han Gong-ju n’est plus une victime cela dit et elle conteste explicitement sa mise à l’écart qui l’accule à une honte qu’elle refuse. Par ce biais, elle souligne l'incapacité des adultes à lui venir en aide par le fait de témoigner confiance en son discours, à lui montrer de la sollicitude et à faire preuve de responsabilité en tant que tuteur (profs et parents). D'ailleurs, les parents des jeunes accusés de son viol n’auront de cesse de faire passer l’intérêt de la carrière future de leurs chiens d’fils, quitte à enfoncer Han Gong-ju un peu plus…

Elle met alors en plus plusieurs techniques lui permettant de se reconstruire progressivement

tel que :

- le refus de se voir dépossédé de son image, notamment face au recours constant d'enregistrements audio diffusés sur internet de ses talents musicaux par ses camarades de classe

- le refus de justifier son "agressivité", son repli et sa "parano" car on ne sait rien d'elle et de ce

qu'elle a vécu et qu’elle ne souhaite pas en parler tout de suite

- apprendre à nager, ne serait-ce qu'une longueur de 25m en piscine

- chanter et jouer en chorale pour exprimer ses sentiments torturés et recréer une vie sociale

- poursuivre ses études

- retrouver des espaces entre femmes où sa parole peut être entendue, que ce soit dans la chambre de sa nouvelle camarade de classe Eun-hee ; leur relation évoquant un flirt lesbien

- vivre sous un toit avec une "mère", en la figure de l'hébergeuse, même si ce n’est pas sa mère biologique. C’est peut-être le personnage le plus sincère et solidaire malgré sa réticence première à l’héberger. Egalement ostracisée pour aimer un flic pas encore divorcé, elle lui procure attention, confort et des conseils francs

Malgré un discours positif en la faveur des survivantes de violences sexuelles et critique des

travers misogynes et corrompus de la société sud-coréenne, on peut être étonné de la fin ambigüe du film qui pourrait s’apparenter à la défaite ou fuite de Han Gong-ju. Perso, j’préfère lire la chute à l’eau comme une rupture radicale avec un certain environnement étouffant, le choix de l’autonomie et l’exercice bien sûr de son nouveau talent (la natation).

Si A cappella évoquait la lente période de reconstruction semée d’embûches pour une survivante de viol collectif, A girl at my door est plutôt un film dont la morale pourrait se résumer à « toute stratégie pour une enfant victime de maltraitances continues et extrêmes est légitime ».

Comme A cappella, le cadre d'A girl at my door est celui du lieu de transfert punitif de l’héroïne innocente, ici Young-Nam (bien qu’elle partage la vedette avec Dohee, une préado). Young-Nam (interprêtée par la célèbre Bae Doona, qui s'est faite connaître internationalement dans le rôle de l'archère dans The Host de Bong Joon-ho, de l'héroïne poupée gonflable d'Air Doll de Hirokazu Koreeda et aussi Cloud Atlas et bientôt Jupiter ascending des Wachowski) est une femme flic de Séoul dont la relation lesbienne a fait scandale à l’école de police. L’obligation au placard est désormais de mise parmi ses nouveaux collègues locaux. En arrivant dans le village de pêcheurs qui a subi de plein fouet l’exode rurale des jeunes et qui dépend aujourd’hui de l’exploitation de migrants du Sud-Est asiatique (indiens, chinois,…), elle fait la rencontre de Dohee, une préado mutique et stigmatisée par tout le village.

Le corps de Dohee comme celui de Han Gong-ju dans A cappella devient le point de convergence de toutes les tensions. Cela se traduisait dans A cappella par le choix de l’héroïne de soustraire son image public hors internet après le viol de son corps, comme une reconquête de son intégrité physique bafouée. Dohee n’est, elle, pas une victime de viol mais de coups répétés de la part de son père adoptif, de sa grand-mère (tou-te-s deux alcooliques) et de ses camarades de classe.

Elle reste traumatisée par l’abandon de sa mère biologique – on ne cesse de la frapper en prétextant qu’elle est folle comme sa mère - et elle finit par développer un comportement auto-destructeur. En Young-Nam, Dohee trouve pour la première fois la proximité physique bienveillante d’un-e adulte. Le jeune policière recueille chez elle Dohee, après qu’elle ait subi plusieurs nuits de suite des coups monstrueux. Elle est douchée, habillée, nourrie et commence à se confier sur ces passions (l’imitation des acteur-trices à la télé, la K-Pop, la danse classique) et à s’épanouir auprès de cette maman de substitution. Pour Young-Nam aussi, encore accablée par sa séparation forcée avec sa compagne (la superbe actrice de drama et de ciné Jang Hee-jin), c'est la remise en cause de son laisser-aller illustré par ses bouteilles d'eau qu'elle descend coup sur coup, où elle cache son vin blanc. Il faut qu'elle cesse de gommer son passé à coup de cuites afin de dormir et qu'elle vive dans le présent, en alerte, afin de prendre soin de Dohee et par là même d'elle aussi.

Seulement, cette amitié et protection vont être menacées par la médisance du père adoptif maltraitant qui va user des préjugés lesbophobes contre Young-Nam en l’accusant d’abus sexuels sur Dohee pour détourner l’attention de la flicaille locale sur l’exploitation qu’il fait des travailleurs migrants et récupérer la garde de sa fille qu’il bat.

La réalisatrice July Jung ne prend pas le parti de révéler les circonstances exactes de l’accident mortel de la grand-mère maltraitante même si Dohee semble l’avoir au final délibérement provoqué telle l’arrestation du père adoptif, actant radicalement le conseil de Young-Nam de « ne plus se lasser frapper dorénavant ». De même, l’intimité physique - même si non-sexuelle – de Dohee avec Young-Nam dans la salle de bain est laissée à l’appréciation du spectateur-trice et seule la lesbophobie du corps policier dans le film vient juger au moment de la déposition que ça n’aurait posé aucun problème que Young-Nam prenne un bain avec Dohee si elle avait été hétéra…

On peut regretter que l'histoire en ayant abordé l'extrême précarité des travailleurs immigrés, parfois clandestins comme le personnage de Bakim, dans le monde rural sud-coréen, ait péché à articuler cette autre critique sociale (outre la maltraitance infantile et la lesbophobie) à l'économie du récit principal. On y trouve au final qu'un renforcement de la figure de l'affreux père adoptif alcoolique, maltraitant qui plus est exploiteur de main d'oeuvre précaire. Bakim n'a droit enfin de compte qu'à une ligne de texte et les autres travailleurs migrants sont littéralement sans voix.

En 2010, le film sud-coréen (multiprimé internationalement et jamais sorti sur les écrans évidemment) Bedevilled / Blood Island de Jang Cheol-Soo proposait un récit de vengeance gore et existentiel porté par une héroïne (jouée par Seo Young-hee, qui était aussi la mère travailleuse du sexe dans The Chaser de Na Hong-jin) paysanne basanée exploitée et violentée par son mari, sa communauté ilienne et lâchée par sa seule amie, une femme d'affaire sans scrupule de Séoul et claire de peau. Oui, autant dire que j'ai kiffé ce film. Dans A girl at my door, on a une représentation toute aussi négative et caricatural du monde rural assimilé à la beaufferie, à la violence et à la corruption locale (les flics et les villageois-e-s tolèrent les magouilles de Park Yong-ha, le père adoptif joué par Song Sae-byeok, seul enfant du village à y être resté bosser et permettant au village de subsister) mais sans contrepoint acerbe sur les gens de la ville comme c'était le cas dans Bedevilled.

La seule issue devient donc ici l'exode puisque même les « bons » flics du coin ne peuvent s'empêcher de voir de la monstruosité chez la jeune Dohee. La décision ultime de Young-Nam envers elle s'explique ainsi selon moi par le refus catégorique de savoir à nouveau la jeune fille entre les mains de «bonnes gens », si promptement complices ou acteurs d'une déshumanisation qui ne peut conduire qu'à la même violence gratuite et structurelle à laquelle Dohee a déjà trop goûté.

Bonnes séances de rattrapage :

Pour celles et ceux qui lisent mes chroniques ciné, j'espère reprendre mes chroniques sur le cinéma de Hong-Kong prochainement.

Young-Nam (an arrière-plan) avec Dohee

Young-Nam (an arrière-plan) avec Dohee

La réalisatrice July Jung

La réalisatrice July Jung

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7 janvier 2014 2 07 /01 /janvier /2014 13:11
Cinéma HK #6 : Boat people / Passeport pour l'enfer (1982)

Boat people / Passeport pour l’Enfer (1982) d'Ann Hui avec George Lam, Cora Miao, Season Ma, Andy Lau


C’est le premier et le seul film d’Ann Hui que j’ai vu (portrait en bas de l'article). Elle a sorti plus récemment, en 2011, A simple life qui a eu quelques bons échos critiques malgré sa rareté dans les salles.


Connue pour ses films engagés et réalistes, elle est l’une des rares cinéaste HK femme, qui plus reconnue internationalement et indépendante des grands studios.
Difficile à trouver et néanmoins incontournable dans sa filmographie, Boat people
(titre anglais) a été projeté en 2013 à l’Etrange festival grâce à Jello Biafra (ex-Dead
Kennedys) dans le cadre de sa carte blanche. Il est le dernier film de sa « trilogie » sur le
Vietnam et les immigrés clandestins, débutée avec The Boy from Vietnam (1978) et The
Story of Woo Viet (1981).


Il y a pour moi dans ce film la richesse à la fois d’un récit fort (et éprouvant) et d’un
discours critique qui n’a pas fini de questionner le monde du journalisme et du militantisme
révolutionnaire. Je ne voudrais pas mettre de côté la beauté photographique du film (les
scènes de la mise en bière de la mère ou de la découverte de ce qu’est une chambre d’hôtel par l’héroïne sont superbement filmées) mais comme je n’ai pas beaucoup d'bagages conceptuels sur le cinéma, les mots me manquent pour bien parler d’esthétique.


L’histoire, c’est bien sûr les premières années du Vietnam après la défaite de l’armée impérialiste états-unienne (avril 1975 avec la Libération de Saigon par l’Armée populaire vietnamienne), où se mêlent enthousiasme révolutionnaire et défis sociaux gigantesques. C’est la progressive désillusion envers une indépendance où sont normalisées la répression, la corruption et la misère qui va permettre d’aborder la question plus
médiatisée (à Hong-Kong et en Occident) des dits « boat people ».


Mais Ann Hui ne s’attache pas à une simple chronique misérabiliste et dépolitisée qui
ne fournirait aux spectateurs, notamment occidentaux qui verront son film, que de l’empathie superficielle, les confortant dans un rôle paternaliste de compatissant.


Présent lors de la Libération, Shiomi Akutagawa est un reporter japonais imaginant le
Vietnam d’après-guerre comme l’incarnation de l’idéal socialiste en marche. Le parti et les
élites locales l’invitent donc à poursuivre son travail photographique en revenant dans le
pays. Voilà où commence le second discours du film, implicite (le premier explicite : la
violence sociale du Vietnam d’après-guerre et le choix de l’exil pour beaucoup) : la facile
manipulation médiatique relayée par les journalistes étrangers sur un pays qu’il méconnaisse.
Car, entouré d’une guide zélée du Parti, hébergé par des bourgeois locaux aux goûts
français qui lui fournissent lit douillet, whiskey et laissez-passer, Shiomi se transforme en
photographe du pouvoir. Lassé pourtant des parcours tout tracés dans les Zones Economiques Nouvelles exemplaires et lisses, il arrive à sortir de cette dynamique de ne rapporter que des images validées par le nouveau régime.


S’il finit par déjouer ces clichés édulcorés d’un Vietnam d’après-guerre où santé rime
toujours avec éducation, Shiomi en photographiant la misère de la ville tombe dans un
nouveau travers et devient ce qu'on pourrait appeler un reporter de safari. Mais cette fois-ci, le constat ne vient pas de lui mais d’une fillette de 14 ans, mangeant à même le sol, qui finit par lui tirer la langue face au voyeurisme de ses photos.


Découvrant peu à peu la réalité atroce des zones de déminage forcée, la pauvreté
extrême de ses nouveaux ami-e-s et la cruauté des bureaucrates du Parti, Shiomi finit par
comprendre que les sous retirés de la vente de son bel appareil de photo auront infiniment plus de valeurs s’ils servent aux exilés que des tirages ne profitant qu’à sa gloire personnelle. Cette prise de conscience puisqu’elle est cette fois véritablement révolutionnaire ne pourra que s’avérer mortelle.

Ann Hui la réalisatrice

Ann Hui la réalisatrice

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18 décembre 2013 3 18 /12 /décembre /2013 21:54
Cinéma HK #5 : La 36ème chambre de Shaolin (1978)

La 36ème Chambre de Shaolin (1978) de Liu Chia-liang avec Gordon Liu, studio Shaw Brothers

Kung-fu d'initiation physique et mentale.

C'est avec ce genre de réussite ultime cinématographique que Tarantino a pu dire que le kung-fu était peut-être le meilleur genre cinématographique possible. Il n'oubliera pas Gordon Liu en lui offrant le rôle de Pai Mei dans Kill Bill à Gordon Liu (image ci-dessous).

Outre le magnétisme de Gordon Liu, la simplicité de la forme narrative (une chambre = 1 épreuve initiatique) est ici le fondement de l'observation assidue par le public de la progression physique et intellectuelle du héros. Et ce n'est pas banal car chaque chambre évoque un sens, une faculté physique différente ou une endurance complète du corps et de l'esprit qui imposent à Gordon Liu de se débattre avec l'idée de performance des limites humaines. Seront-elles repoussées ? Parachevées ? Car il n'est pas écrit que l'impossible ne soit possible en kung-fu.

Mais l’art martial des Shaolin est-il prêt à son accession au monde séculier ?

Ne pas oublier avec toujours les fantastiques Liu Chia-Liang et Gordon Liu, respectivement derrière et devant la caméra : Retour à la 36ème Chambre (1980) et Les Disciples de la 36ème Chambre (1985)

Cinéma HK #5 : La 36ème chambre de Shaolin (1978)
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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 09:07
Cinéma HK #4 : The Heroic Trio (1992)

Heroic Trio (1992) de Johnnie To avec Maggie Cheung, Anita Mui, Michelle Yeoh, Anthony Wong, Damian Lau

Cyber fantasy de belles gosses bad-ass

Ou comment faire un film culte, drôle et inventif avec des décors grossiers (hangars banals, fumées de métropole) et un scénario plus que léger. Le tout sans négliger l’émotion (mort de nombreux enfants) et la grande classe. Un Johnnie To moins connu des snobs.


Recette : une justicière du Bien (Anita Mui) qui cache à son mari inspecteur ses missions nocturnes, une mercenaire punk (Maggie Cheung) volontiers plus préoccupée par le fric, la moto et son ego et une alliée des forces du Mal (Michelle Yeoh) sans pitié sauf en amour, entrechoquent leur destin à cause de leurs intérêts rivaux… Mais c’est sans compter leur volonté d’indépendance et de solidarité féminine… Il y aura un sequel, The Executioners la même année (j'l'ai pas encore vu!).


Je vous propose aussi de découvrir ce qu’est (souvent) un trailer made in HK, sans les voix-off débiles des blockbusters ricains ou la sélection de blagues lamentables des bandes annonces à la françaises. Le principe de ces trailers : pas de dialogues, de la musique uniquement, sur environ 3min. D’où une première plongée fascinante dans l’univers du film avant même de l’avoir vu ! J’espère que le trailer explosif et léger du Heroic Trio vous séduira !

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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 08:51
Cinéma HK #3 : P.T.U. (2003)

P.T.U. Police Tactical Unit (2003) de Johnnie To avec Simon Yam, Lam Suet

Que se passe-t-il quand Hong-Kong dort ?

Un flic perd son flingue et a peu de temps pour éviter la sanction la plus lourde : ce point de départ était aussi celui de Chien enragé du Japonais Kurosawa, film extrêmement nerveux qui n’a d’égal dans les sixties qu’A bout de souffle.


Là on ne verse pourtant pas dans le polar poisseux ou même le film d'action classique, malgré le titre un peu flippant et les autres films plus rythmés du maître To. Ca tire carrément plus vers l'expérimental mais contrairement à The Mission (1999), c’est pas chiant et creux. Beaucoup de retournements de situation, de plongée nocturne quasiment onirique (ça m'a rappelé un peu les scènes angoissantes de We own the night) dû au tournage exceptionnel dans les rues désertées de Hong-Kong. Les conditions de tournage sont expliquées sur Wikipédia pour les curieux-ses.

Autre génie de ce film, l'acteur Simon Yam magistral dans le rôle d'un flic violent. La bande originale surprenante, à base de guitare électrique, n’est pas étrangère à l’ambiance décalée de cette vue inédite d’Hong-Kong.

Rien à voir mais l'année 2003 sera marquée par la mort de deux des plus grandes icônes de la pop et du ciné HK : Leslie Cheung, acteur ouvertement bi, se jette de la fenêtre d’un hôtel tandis qu’Anita Mui meurt des suites d’un cancer… Et ça correspond à l’époque du déclin de l’industrie du film à Hong-Kong…

Cinéma HK #3 : P.T.U. (2003)
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