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12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 14:04

CE QUE L'ON ENTEND OU POURRAIT ENTENDRE QUAND JE ME DIS BI :

 

Pourquoi est-ce que j'utilise le mot bi pour parler de moi?

Pour beaucoup, j'ai l'impression qu'il s'agit d'un entre deux entre l'homosexualité et l'hétérosexualité mais pas du tout pour moi. Cela signifie grosso merdo pour pas mal que lesbienne = meuf + meuf, gay = mec + mec, bi = mec + meuf/ou/mec ou alors meuf + mec/ou/meuf.

Non seulement il n'y a pas de moment où je me sens/sais hétéro et d'autres homo mais quelques soient mes relations, je ne vis pas hétéro à un moment et homo à d'autre.

Je vais utiliser le terme de bi-sexualité car il n'y a justement pas d'homo- ou d'hétérosexualité, même concomitantes dans ma vie.

 

La bisexualité désigne la sexualité et, par extension à ces terminologies issues de la science de la perversion sexuelle, les attirances, relations, affections, désirs, blaba...

Elle désigne aussi la double dynamique, différenciée sexuellement a priori, de ces attirances et relations. Traditionnellement, on la limite à l'amour/le désir des hommes (les mâles) et des femmes (les femeus)

 

Mais qu'est-ce qu'il y a de double dans ma sexualité et est-ce que d'un côté je kiffe le Mâl et de l'autre côté je kiffe aussi les meufs ?

Ca impliquerait que la nature de mon désir/amour se définirait par le sexe de l'autre. Que ma bisexualité existerait autant que j'aime les mecs pour le fait qu'ils soient (vraiment) mecs et les meufs pour le fait qu'elles soient (vraiment) meufs.

Ca impliquerait également que rentrer dans un tel schéma différentialiste, je serai moi même (vrai) homme ou (vraie) femme, parce que la construction de la bisexualité comme celle des autres sexualités s'est faite de façon transphobe en Occident.

 

JE SUIS TRANS ET BI : EST-CE POSSSIBLE ?

 

Les récentes évocations politiques de l'identité bi ont été faites avec la normalisation – par l'invisibilisation - de l'élément de départ « cisgenre ». Clémence Garrot incitait les mecs bissexuels a complété son tableau plus axé meufs bissexuelles [référence globale en fin d'article]. Ici, c'est un trans masculin qui prend la parole, qui ne se reconnaît pas en meuf ou mec justement.

 

TouTEs les trans se disent-iels meufs ou mecs? Te dis/dirais-tu biE pour la soi-disant "dualité" d'une personne trans qui te plait et qui ne serait ni mec ni meuf ? Et moi en tant que trans, me dis-je bi faute de mieux? Faute de "pan-sexuel" compréhensible?

 

Oui, je pourrais dire que mes attirances me portent vers les personnes masculines et féminines. En même temps, de façon parfois plus complexes : je peux aimer la masculinité d'une personne considérée/qui s'identifie comme meuf. [Et alors ? J'aime aussi les bras poilus et l'humour, quelque soit le sexe/genre chez une personne.] Comment décrire ça, vu qu'on est somméEs pour de bonnes (savoir de quelles positions on parle) et de mauvaises raisons (coming-out forcé) à caser nos identités et attitudes ?

 

Bah, t'es bi. Même si on veut réduire mes attirances et relations au schéma sexuel et genré [en mettant d'côté tout c'qui peut nous attirer en définitive vers des gens et c'que la norme sociale (autre qu'hétérosexiste) nous fait aimer chez certainEs [l'élite baise avec l'élite, le prolétariat se reproduit avec le prolétariat,...*], en disant que parce que j'kiffe et les mecs et les meufs par exemple, je ne peux pas – pour ma part - me dire bi pour cela uniquement.

 

Non. Bi ou pan, encore une fois débarrassé du sexuel au bout, j'l'utilise par défaut non pas parce que j'suis attiré et je relationne avec des personnes quelques que soient leurs sexes, genres et identités, mais parce que je ne me dis pas hétéro ni homo dans aucune de mes relations/attirances.

 

Trans masculin, j'n'ai heureusement plus beaucoup à expliquer pourquoi je ne suis pas lesbienne en relationnant avec des personnes féminines, perçues/se définissant comme meufs, même si elles ont un vécu de lesbienne**. L'amalgame, on m'le fait presque plus, mais si quelqu'unE s'dit ftmgouine, c'est son truc - que j'respecte, juste pas l'mien.

Dans les groupes en non-mixité transpédécis, j'préfère dire d'entrée que j'suis pas pédé mais bi. Mon attirance n'est pas exclusivement pour les mecs et cela ne définit pas mon désir/mes relations, donc, je ne me dis pas PD, tout simplement. Y'a plein d'choses que j'ai pas en commun avec eux, sans jugement de valeur.

so-are-you-straight-now.jpg                                                                                              © L. Weingarten

Suis-je hétéro pour autant? Non, parce que ça impliquerait que j'me reconnaisse comme d'un sexe déterminé aimant le « sexe opposé». De plus, je ne bénéficie d'aucun privilège hétéro : quand j'suis en relation avec une personne féminine, on me perçois comme gouine. d'ailleurs, 80% de la journée, même sans être accompagné, on me perçoit comme gouine.

Ça s'lit jusque dans les plis d'l'la gueule comment t'es reçu, en même temps que « sale métèque, sale punk, sale gaucho », d'toute façon, j'crois pas en la double-triple oppression parallèle, c'est un croisement qui t'explose à la gueule à ta moindre sortie dans la rue, à ton moindre entretien avec l'Etat.

 

Bref, sans être une meuf, je suis quotidiennement victime de sexisme, sans être une gouine, je suis continuellement victime (voire avec les personnes qui m'accompagnent) de "lesbophobie" (mais ce terme n'est pas adéquat) et en étant trans, déclaré/médicalisé/judiciarisé, je subis radicalement la transphobie. Et la bi-sexualité n'existe pas qu'au pays des cis.

 

POURQUOI AU FOND ETRE BI ?

 

Bi ne peut pas d's'départir pour la définition de mes attirances de pas mal d'explications. Celles notamment que j'viens d'avoir plus haut. Je suis bi par défaut, car ce mot est problématique en tant qu'il différentialise selon des critères sexistes mais visibilise facilement pour moi une réalité multiple vécue que je ne pouvais pas signifier par hétéro, homo, lesbienne.

 

Je suis bi parce qu'au fond, en tant que trans masculin qui n'est et ne veut pas être un mec, en tant qu'personne qui kiffe des personnes qui s'identifient comme meufs et qui kiffe des personnes qui s'identifient comme mecs et qui kiffent les oeufs mouillettes, je ne trouve pas de termes appropriés pour parler de ce champ d'attirances. Je ne suis bi autant que je ne suis rien, autant que je suis pan autant que je ne suis pas hétéro, pas lesbienne, pas pédé. Je suis bi sur déclaration/vécu et non, ça ne peut pas se comparer au fait d'être métisSE (private attack 2) !

Mais aussi parce que pour parler de relations spécifiques, les termes de relation hétéroTE ou de relation lesbienne, ne colleraient pas. Elles impliqueraient des privilèges, des identifications, que je ne ressens pas dans ces relations vécues et actuelles.

 

Je suis bi aussi parce que je ne suis pas là pour inventer de nouvelles étiquettes en pensant naïvement qu'elles seront moins connotées que d'autres, ou encore pour éduquer les cis. Parce que les trans sont somméEs d'êtres des êtres révolutionnaires après avoir été (et continuent d'être perçuEs comme) des êtres spectaculaires. Révolutionnaires pourquoi pas, mais somméEs par des cis de subvertir la norme pour leur thèse et délectation personnelles, dégage !

Les trans questionnent les normes traditionnelles de sexualité homo, hétéro, bi, lesbienne, autant qu'iels le veuillent bien ! Ce n'est pas parce qu'on est trans qu'on est forcément en dehors de ces étiquettes traditionnelles de sexualités ! CertainEs se diront gouines, d'autres hétéro, d'autre transpédé, on s'en branle en fait. Les catégories traditionnelles "homo", "hétéro", "bi", "lesbienne", ont demandé à être repensées au moment même de leur création en Occident, n'imposez pas aux trans de révolutionner votre prisme de croyances.

 

Ceci n'était qu'un avis perso de ma façon de voir une de mes identités, celle de bi. Pas mal de choses manquent sur la question, déjà votre perception et définition bien personnelle de votre bi-sexualité. Et je n'ai pas parlé de biphobie parce que j'ai du mal à la cerner (bien que je la vois courramment) et de fierté bie parce que j'n'en ai pas plus que la non-honte de l'affirmer. Mais je ne considère pas que les biEs et les trans hétéros sont victimes de plus de mépris que d'autres parcours LGBTQ (private attack 3) !

 

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* Concernant l'attraction et la relation qu'on peut avoir pour/avec une personne, j'pense qu'il est nécessaire de voir que le hasard a finalement très peu d'place dans ce croisement complexe relationnel de milieu, de race, d'âge, de handicap, de classe, de genre, de sexe, de taille... chez les militantEs antiracistes, féministes, queer, de gauche aussi sont reproduits énormément de préjudices sociaux dans nos choix et modes de relations. Et il n'y a pas de neutralité politique à être transloverUSE, fat-admirer ou exotisant envers les personnes de couleur et les étrangerEs...

 

** L'usage du terme "relation lesbienne" doit être questionnée dans les relations de personnes qui s'identifient comme lesbiennes avec des personnes trans masculines. Cela conduit d'une part à sous-tendre que relationner avec un trans mec, c'est du lesbianisme, que d'autre l'identité trans reste invisibilisée et opprimée au sein même d'une relation. Mais je trouve aussi que c'est d'la merde de considérer automatiquement 1 meuf + 1 mec trans = relation hétérote (private attack 2). Encore, une fois, ça dépend d'elles et d'eux.

 

*** Ce qui implique aussi dans mes attirances/relations en tant que trans masculin perçu la plupart du temps comme meuf, l'absolue transphobie du milieu gay dominant (cis blanc bourgeois parisianiste) où toute relation que je pourrais avoir à l'heure actuelle avec un mec gay cis serait perçue comme hétérote parce je suis né assigné meuf.

   

Quelques réf ' à lire et à voir:

 

Le Placard bi, Ané El : en brochure papier pour l'moment

 

« Le B de LGBT » : http://www.minorites.org/index.php/3-lagence/922-le-b-de-lgbt.html, Clémence Garrot

Projects of L. Weingarten : link

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Published by Vincent Fortune - dans Oim Bi Trans'
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