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18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 14:29
Le mouvement punk, côté backstage

Bizarrement, quand on parle de sexisme et d'homophobie en musique,

y compris dans les milieux militants, seul le rap est visé. Ce genre de généralité ne touche bizarrement pas les mouvements punk, goth, indus, mouvements qui n'ont toujours pas bien nettoyé leurs accointances historiques avec les fachos, les néo-nazis*. Ni critiqué la romanticisation de gens tels que Sid Vicious, célébré pour son crime dit "passionnel" sur Nancy Spungen... Voilà, vous pouvez dégueuler un coup.

Comme si, une fois de plus, la stratégie droitiste de désigner un bouc-émissaire

racisé/prolo dans ce système sexiste bien ancré dans notre république dite laïque

ne visait qu'à dénoncer les débordements d'une seule frange de la production musicale** : les banlieusardEs à casquette, les musulmanEs au mic, les MC rebeus et les beatboxers noirEs...

 

A tel point qu'avec des fans de rock/metal/punk, c'est devenu très fréquent d'entendre

des discours anti-cailleras, anti-rap, pro-police... heu ???

Les skingirls et les skinheads savent que la frontière entre apolitisme, rock anti-cailleras (dit rac, anciennement rock anti-communiste), rock natio, racisme et fascisme est fragile et a été plus d'une fois franchie par des groupes et des parties d'la scène punk mais aussi les fans de hardcore, d'indus...

 

Péniblement argumentée, cette phobie du rap génère alors des critiques dans tous les sens :

-"c'est commercial !"

- Et Blink 182 ? c'est du r'n'b ? Et qu'est-ce que tu penses sinon des reformations à 50e le concert des Sex Pistols ?

 

Faut juste pas croire que le rap, c'est M6 ou Skyrock. Inversement Oui FM, Virgin Radio,

Le Mouv', c'est pas représentatif du rock'n'roll non plus.

Alors Blink est certes un mauvais exemple, mais balancez Sexion d'assaut pour attaquer le genre hip-hop dans son ensemble, c'est aussi hallucinant.

Et puis, tout genre musical à la mode bénéficie d'une promo très commerciale des groupes/artistes en vue. On peut dire la même chose du néo-métal, du emo, de la techno...

 

"C'est sexiste!" Oui, c'est vrai le hip-hop présente un large éventail de chanteurs virilistes mais on parle moins de la fierté des queens bitchs, des butchs du rap, du hip-hop out, des groupes de rap militants (et nombreux) pour une société égalitaire et un antiracisme/antifascisme radical...

 

Toute la société est rongée par le sexisme, l'homophobie, la lesbophobie, la transphobie et le racisme. Et aucune frange de la musique n'y échappe, y compris et surtout la varièt'. Il suffit de passer 3 fois de suite au supermarché "Etre une femme 2010" de Sardou pour faire de n'importe quelle caissière Valerie Solanas.

 

Même un classiques soul féministe comme "Respect" interprêté par Aretha Franklin est né à la base de la pensée ultra-misogyne du pourtant brillant musicalement Otis Redding. Rappelez-vous les paroles : " All I'm askin' is for a little respect when I/you get/come home"... dans l'une des versions, une femme (Aretha) exige d'être traitée - just a little bit - comme un être humain à part entière quand son mec rentre, dans l'autre - la même chanson - un mec (Otis) exige reconnaissance de sa supériorité économique et l'écrasement de sa meuf quand il rentre chez lui. Glauque.

 

C'qui m'intéresse maintenant c'est d'parler d'un genre que ses adeptes jugent trop souvent irréprochable car alternatif (dans l'meilleur des cas) et rebelle, à défaut de n'pas être toujours très militant, voire carrément simpliciste, c'qui peut faire son charme aussi. Le punk. 

 

Mais Hey ! Ho ! Let's Go ! Le punk comme milieu majoritairement blanc, d'une jeunesse issue bien plus des classes moyennes supérieures que certainEs ne veulent l'admettre, contient une bonne dose de sexisme, de transphobie, de racisme, de lesbophobie, largement banalisés lors des concerts et autres joyeuseries***... Par exemple, encore trop souvent les meufs du milieu sont perçuEs comme les "meufs de" et les pogos restent l'espace par excellence de violences virilistes.

 

 

Quelques groupes célèbres, qui s'en être classés du tout à l'extrême-droite, se sont AUSSI distingués par leur stupidite absolue :

 

Starshooter - Macho :

 

Un des premiers grands groupes punk français, connus pour "Betsy Party" ou encore "Get Baque" mais là, c'est autre chose que leur humour et musique qui retiennent l'attention... en gros, tu apprendras qu'une meuf qui s'refuse à un mec, c'est une mal-baisée comme ces salopes de féministes; Féministes, nom commun pluriel, synonymes évidemment de coincées, paranoïaques et bourgeoises. Et avec ça, une fierté machiste. Soral, sors de l'ampli !

 

Anti-Nowhere League - Woman :

 La chanson parle d'elle-même : "Your tits are big but your brains are small (au pluriel, oui oui), sometimes I wonder you got any brains at all". Les fameux auteurs de "Street of Londons" aiment aussi désigner les femmes dans leur célèbre "I Hate People" par le plus affecteux "boring cunts". Si vous osez regarder le clip de '82 de "So What ?" après ça, leur sauvagerie ne peut visiblement pas se départir du virilisme phallique pitoyable du chanteur****.

 

 

Peter & the Teste Tube Babies - Transvestite :

 

"I kiss your lips slowly while I undo your dress, my hand reaches down to gently caress.

But there's something there that I didn't expect, it's hot and fleshy and it's getting erect.

I've been cheated tonight, transvestite. Is this some kind of joke, you're really a bloke."

 

Aahaha mais c'est d'l'humour, pourquoi t'en rigoles pas? Bah parce que contrairement à toi, ce discours là, j'le connais et j'en pâtis, bouffon. Justement, le discours des cisgenres tolérants (eurk ce mot) envers les trans (appelez bien sûr ici "travestis") est composé de 10% d'ahurissement abruti, 10% de colère ("c'est pas normal/naturel quand même, mais c'est quoi ton VRAI nom?") et 80% de "ils sont quand même drôles". Comportement inclus parmi les passantEs qui t'regardent lorsque tu fais la Marche des Fiertés, l'Existrans, la Pute Pride, etc... Si tu trouves ça drôle qui plus est de dire que tu as été "trompé sur la marchandise" en draguant une femme trans, passe ton chemin, ce blog n'est pas fait pour des cons comme toi.

 

La Souris Déglinguée (L.S.D.) - Rien à encore changer :

Et là, j'm'attaque à un groupe que j'aime moi-même tout particulièrement, j'adore leur discographie, leurs textes et même... ce morceau! Mais y'a ce couplet :

 

"On rêve qu'on est à l'hôtel avec des américaines, qu'on les ken sans problèmes puisqu'elles sont américaines"...bah, oui, logique! semble-t-il...

 

Punk ou pas, une personne identifiée comme meuf est toujours ramenée dans c'milieu à sa chatte supposée. Exunt ses connaissances du genre musical, son jeu d'batterie ou ses opinions politiques, l'intérêt d'beaucoup d'mâles du milieu ne s'place pas par là... D'où la condescendance ("ah, tu connais ça, toi ?"), le paternalisme ("tu veux mon blouson ?"), les réflexions uniquement sur ton look...Idem, attends toi à être perçuE comme bien exotique si t'es raciséE, trans, gouine, pédé...bref, ça t'changera pas trop des espaces plus mainstream...

 

Mais désespère pas : le queercore existe ( Limp Wrist !!! : link), l'afropunk aussi (link), les riot grrrl (link) et le taqwacore également (link). Et c'est tant mieux.

 

Et puis, les laisse pas dire que seuls les Clash et les Pistols ont défini c'qu'était l'punk quand X-Ray Spex (link), Bad Brains (link) ou les Buzzcocks (link) avaient compris dès les seventies que leur façon d'baiser, leurs identités étaient aussi révolutionnaires que leurs larsens...

 

 

Bon, parlons d'trucs plus récents, même si tous les groupes cités sont malheureusement incontournables dans l'histoire du punk/oï anglophones et francophones. Parlons Emo.

 

Left Alone - I Hate Emos :

 Derrière la critique punk de la culture emo, qui privilégie l'apparence vestimentaire très fashion (c'est-à-dire pas DIY du tout) inspirée du punk/goth/néo romantique à la musique punk sauvage et au discours politique, se cachent les 3/4 du temps des arguments ultra-homophobes. Et, horreur, "they look like girls". Heureusement, l'ordre revient, dans la vidéo, avec un peu de queer bashing!!! Attention, c'est aussi attroce politiquement que musicalement.

 

 

Cheap Sex - Fuck Emo :

Même principe, on les aime pas, iels ne nous emmerdent aucunement mais quand même, allons leur reprocher leur tenue et leur comportement déviants. Du coup, on parodie la vie d'un teenager emo : "Dear diary, my life is a complete fiasco, the dashboard show is this weekend and I can't even fit into my little sister's jeans anymore. My dad grounded me cause he caught me in my mom's makeup again."

 

 

FUCK U 2 (hihi), HOMOPHOBIC BANDS !

 

__________________________________________________________________________________________

* :  sur l'esthétique fascisante dans l'mouvement indus et le discours d'extrême-droite de certain groupes : link. Sur le national socialist black metal, le magasine antifa parisien Barricata avait fait paraître en mars 2005 un bon article dans leur revue. Et victoire ! les métalleuSESx antifa et anticapitalistes ont un blog et une scène musicale ! (link)

 

** : Ca m'rappelle cette sélection très étrange n'accolant des avertissements pour contenus violents, vulgaires et/ou pornographiques à retirer d'la portée des enfants qu'aux musiques issues principalement des communautés noires, latinos, rebeus (r'n'b, rap) ou aux musiques perçues comme non-chrétiennes (black metal, stoner)...

 

*** : sur les violences sexistes en milieu anarcho-punk  : link. Voir aussi la floppé de textes émergeants sur le sexisme ordinaire dans les milieux alternos/anars et sur l'antifascisme viriliste.

 

 **** : Clip de 1982  d'Anti-Nowhere League, "So What ?" (link)

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Published by Vincent Fortune - dans Genre vidéo Punk Rap Race
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commentaires

Gaab 24/02/2016 11:20

Super article, mais y'a un petit truc à éclaircir sur Peter & the Testubes : les cataloguer de "cisgenres tolérants" est un peu abusé. Tolérants j'en sais rien mais cis-genre, c'est pas vrai. A replacer dans leur vie à eux donc.

Vincent Fortune 26/02/2016 21:57

Cisgenre, se dit d'une personne non-trans.

Gabriell 05/02/2011 12:25



oups dernière chose : je savais pour RESPECT d'Aretha F (ce que ça signifiait etc) mais par contre je ne connais pas la chanson d'Othis...je ne connaissais pas le parallèle qui pouvait être fait
entre les deux. Humm ton article m'inspire Douille, je pense que je vais me pencher là-dessus!



Vincent Fortune 30/03/2011 15:13



y'aurait tout un travail à faire sur le genre dans les covers. comment les artistes masculins masculinisent les chansons écrites par des femmes et inversement, en particulier pour ne pas donner
de connations homosexuelles à leurs morceaux.


outre le célèbre "Respect", une chanson de jazz-blues "Why don't you do right?" chantée à l'origine par Lil' Green a connu un peu la même histoire...



Gabriell 05/02/2011 12:22



Chapeau pour ce bel article !


franchement y'a un vrai truc à faire pour déjouer  la représentation médiatique des rappers comme "plus sexistes que les autres" et c'est bien que tu écrives sur ça. Comme tu l'as dit
beaucoup de mecs du hip hop ont des propos virilistes etc, mais le truc que moi je trouve qu'on ne dit pas c'est qu'il y a un jeu entre racisme et sexisme. Les rappers soit disant plus sexistes
que les autres s'attaquent au racisme d"état mais aussi à celui de la vie de tous les jours. Je trouve qu'ils illustrent le fait que les combats antisexistes et antiracistes s'opposent
malheureusement. Donc la question n'est pas eux. Mais le racisme social fait qu'on s'occupe d'eux plus particulièrement car le noir, l'arabe, le prolo serait plus sexiste que le gentil blanc
hétéro de classe moyenne ou  sup.


Je ne m'y connais pas du tout en chanson dite "française" donc je ne saurais pas prouver ça quantitativement parlant, mais qualitativement parlant quand on voit qu'un chanteur aussi connu que
Sardou (je crois bien que c'est lui) écrit des chansons aussi mysogines que femmes des années 80 et la dernière là sur les femmes de 2010 je me dis que franchement y'a aucune leçon à donner au
rap...


Donc bref, non seulement on peut montrer que le sexisme présent dans le hip hop est en tension avec le racisme dénoncé, donc c'est pas à mettre sur le même plan que les ignobles sexistes en
costard cravate qu'on ne suspecte jamais, mais en plus dans la chanson française, on en trouve du sexisme !


 


Bisous à toi et encre bravo !



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