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5 juillet 2017 3 05 /07 /juillet /2017 00:43
"Ici la Piedrita ordonne et le gouvernement obéit"

"Ici la Piedrita ordonne et le gouvernement obéit"

Face à l'accélération de la déstabilisation du régime de Maduro par les franges fascistes au Venezuela après l'attaque médiatique en hélicoptère, il faut refuser les lectures bourgeoises des médias occidentaux d'une crise, planifiée par les réactionnaires alliés aux Etats-Unis de Trump mais aussi les lectures anarcho-bisounours ou pseudo-révolutionnaires franchouillardes déconnectées type Voie prolétarienne etc (http://ocml-vp.org/article1795.html). Ce qui ne font pas la révolution ne donnent pas de leçons à celles et ceux qui la vivent. 

 

Une révolution est toujours en production et donc jamais idéale. On peut évidemment préférer l'expression "processus de transformations sociales radicales" à révolution, peu importe selon moi. On est loin ici des mirages Podemos, Insoumis ou pire Syriza, d'où l'offensive extrêmement violente interne et externe contre le Venezuela et plus encore contre sa constitution bolivarienne. Le Peuple (je parle évidemment des ouvrier-e-s, des paysan-ne-s, des chomeur-se-s, des étudiants précaires, personne d'autre, il ne s'agit pas d'un synonyme de population) du Venezuela n'a jamais délégué les pleins pouvoirs à Chávez ou Maduro mais les considèrent, en tant qu'alliés du processus révolutionnaire, comme une condition por ahora indispensable pour la survie d'une société capable de nourrir, loger, éduquer tout le monde. 

 

 

Soutien à la révolution populaire au Venezuela !

Il n'y a pas de 3ème front ici : on lutte dans le cadre de la révolution pour sa radicalisation. D'ailleurs, les guerilleros venezuelien-ne-s, anarchistes ou non,  ne prennent les armes que contre les fascistes, les patrons et les propriétaires terriens. Sinon, on joue le jeu de la guerre civile pour les prédateurs impérialistes et bourgeois, impatients de poursuivre ou de rétablir la fuite des capitaux et le siphonnage du pétrole pour les USA, l'exploitation ultra-libérale sans opposition, le féminicide et le massacre des racisé-e-s...

 

 

On se souvient d'Orlando José Figuera tabassé, poignardé et brûlé vif en mai dernier car noir parmi les manifestants anti-Maduro ; il fut même accusé d'avoir eu son compte en tant que "voleur". Il est mort sur son lit d'hôpital après 10 jours d'agonie à l'âge de 22 ans. Il avait déclaré que c'est en tant que pro-chaviste qu'il fut attaqué par cette foule de blancs aisés en meute ultra-violente. Paix à son âme. Les mêmes fafs qui caillassent les bus publics en service de Caracas mais aussi les écoles, les missions de logements pour des millions de pauvres et les maternité publiques. Le mois passé, c'est le syndicaliste Francisco Ramón Aguirre Mirabal qui a succombé à plusieurs balles en pleine tête à l'âge de 47 ans, paix à son âme. Il avait oeuvré dans la récupération et la collectivisation des terres accaparées avant 2010 par les latifundistas. Début juillet, José Luis Rivas Aranguren, candidat à l'Assemblée constituante est assassiné dans l'Aragua, après avoir reçu 8 balles...

 

Comment alors peut-on parler de capitalisme d'Etat, d'autocratisme ou de lutte inter-bourgeoise quand c'est bien cette tension du peuple venezuelien, toujours prêt à se mobiliser -  contre les coups d'Etat fascistes, pour les CLAPs - qui radicalise le régime pour qu'il soit véritablement à son service ? Lorsque le peuple pousse la lutte jusqu'à l'atomisation même de l'Etat par le communalisme et donc la destruction du système bourgeois parlementariste centraliste ? jusqu'à l'armement des masses comme remplacement du pouvoir de l'armée, traditionnelle seule dépositaire légitime de la violence ? Quel régime bourgeois et centraliste fait ça sinon en se niant ? 

 

L'absence de 3ème voie dans ce moment extrêmement grave ne doit pas servir de prétexte pour ne pas être critiques : ne nions pas les carriéristes proches de Maduro, les erreurs historiques de compromis avec l'opposition, l'université ici fief bourgeois, l'armée et les grands propriétaires terriens qui reprennent pour cela de la force et évidemment la lenteur pour permettre la socialisation généralisée des moyens de production et non la seule nationalisation des usines. Et bien sûr la corruption endémique qui sabote l'économie populaire. La question est comment organiser une critique qui fait avancer la révolution sans nier la rupture d'avec l'ultra-libéralisme qu'a vraiment apporté l'élection de Chávez en 1998. 

 

Et il faut donc rappeler que la couverture médiatique de la crise du sabotage économique orchestré par le camp réactionnaire venezuelien est éminemment déséquilibrée en la défaveur du processus bolivarien alors que par ailleurs aucune chaîne TV occidentale ne déploie sa gorge dans le cas du narco-régime parlementaire du Mexique, de la faillite organisée à Puerto Rico par les banques US qui la contraint à la mise sous tutelle par... les USA, le féminicide récent au Guatemala (43 jeunes filles brûlées vives car ayant dénoncé des abus structurels dans leur foyer d'accueil), le coup d'Etat contre Rousseff au Brésil, et l'existence d'un camp de torture à Cuba : Guantánamo.

 

La diabolisation d'un pays anti-impérialiste et sur la voie du socialisme est malheureusement souvent le premier pas avant la mise au ban internationale aux répercussions populaires catastrophiques (embargo, coup d'Etat soutenu par l'OTAN et donc planification de famines et guerres civiles)... L'armée états-unienne est par ailleurs très proche en ce moment des cotes venezueliennes (ce qu'Evo Morales a dénoncé il y a quelques jours) : le pire sera peut-être à escompter puisque le MUD (opposition) appelle s'en prendre aux bureaux de vote fin juillet pour l'Assemblée constituante et s'est déjà déclaré ouvertement au parlement pour le renversement en 6 mois de Maduro, élu légitimement. 

 

Sur les manipulations autour de la question économique au Venezuela :

https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/06/26/huit-mythes-sur-leconomie-venezuelienne/

https://venezuelainfos.wordpress.com/category/histoire-economique/

 

Sur les raisons de la crainte de l'Assemblée constituante :

http://www.investigaction.net/fr/venezuela-lechec-de-washington-a-cancun/

http://www.investigaction.net/fr/lassemblee-constituante-un-visage-nouveau-pour-la-republique-bolivarienne/ 

 

Sur les manipulations médiatiques autour des consultations du 16 juillet dernier : 

https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/07/18/cachez-cette-assemblee-constituante-que-je-ne-saurais-voir-pourquoi-les-medias-censurent-une-election-au-venezuela/

 

Sur les questions afro-indigènes (en anglais) :

https://venezuelanalysis.com/analysis/13000

 

sur les conditions des LGBTI au Venezuela (en anglais) :

https://venezuelanalysis.com/analysis/13125

http://www.telesurtv.net/english/news/Caracas-Pride-The-Intersection-Between-Socialists-and-LGBTIs-20170702-0024.html

Récemment, un couple de lesbiennes s'est vue reconnaître mères légales de leur enfant, l'IDAHO a vu sa date reconnue par l'Assemblée nationale et seule la possibilité de mettre une photo de soi conforme à son genre vécu est pour l'instant possible à l'Etat civil pour les personnes trans'.

L'Eglise catholique a récemment rallié plus officiellement à l'opposition et demandé la non-tenue de l'Assemblée constituante qui prévoit des mesures-clefs en terme d'égalité hommes-femmes, de droits LGBTI et du droit à l'avortement.

 

les exigences du mouvement féministe venezuelien : 

https://venezuelanalysis.com/analysis/12906

 

#HandsOffVenezuela 🇻🇪

Soutien à la révolution populaire au Venezuela !
Soutien à la révolution populaire au Venezuela !

Revue du livre La Révolution au Venezuela. Une histoire populaire, originellement titrée We created Chávez (postée également sur mon Goodreads) :

 

L'objectif de l'auteur George Ciccariello-Maher dans cette histoire populaire des luttes au Venezuela est de décentraliser le chavisme de Chávez lui-même en retournant aux racines insurrectionnelles bolivariennes dès la chute de la dictature en 1958 à laquelle succède une démocratie parlementaire aux seules mains de l'oligarchie raciste et extrêmement brutale (Pacte de Puntofijo) mais invisibilisée par une narration historique qui ne met que l'accent sur la stabilité exemplaire du Venezuela au coeur de l'Amérique du Sud des années 60 à 90.  

 

Pour cet objectif, il retient plusieurs dates-clefs de cristallisation de la colère populaire et des moyens révolutionnaires par lesquels elle a essayé et même finalement triomphé des fascistes et de la bourgeoisie réactionnaire : 1989 = avec la révolte spontanée du Caracazo (qu'il analyse comme le 1er sursaut au monde contre le néo-libéralisme et le prémice de la tentative ratée d'accéder au pouvoir en 1992 par Chávez), 2002 = quand le peuple s'organisa contre le coup d'Etat contre Chávez avec brio jusqu'à 2010 = avec loi sur les communes qui refuse l'enlisement gouvernementaliste du projet bolivarien. 

 

Par une série d'entretiens rares et précieux avec des acteurs et actrices (parfois dans la clandestinité) de cette longue révolution, il interroge les dilemmes stratégiques qui ont marqué les décennies précédant l'arrivée de Chávez au pouvoir : entre les erreurs lourdes du foquismo à la Guevara et Debray dans la topographie et la répartition démographique particulière du pays, la retraite du terrain de l'université bourgeoise par les étudiant-e-s révolutionnaires à la fin des années 80, la difficile mise en place d'un syndicalisme révolutionnaire à même de concurrencer le syndicalisme véreux et allié historique de la bourgeoisie républicaine, l'ouvrage ne cherche jamais à juger les principales et principaux protagonistes d'alors mais de montrer plutôt comment leurs choix ont affecté le cadre de la lutte et l'ont amené à toujours se repenser.

 

Dans le cadre des avancées révolutionnaires permises par le tournant de 1998, il démontre avec talent que c'est bien la pression populaire qui radicalisa et cadra les mandats historiques de Chávez et que cette révolution est bien plus une oeuvre collective qu'individuelle portée par un seul homme providentiel et charismatique. S'il s'est avéré une condition de la réussite collective, il ne fut jamais le prétexte d'une démission populaire car le peuple reste l'acteur principal de la survie d'une révolution bolivarienne réelle et ce, même depuis l'arrivée de Maduro. 

 

Ainsi, Ciccariello-Maher ne se refuse pas à observer l'équilibre parfois tenu par exemple entre le gouvernement et les paysan-ne-s sans terre, qui n'ont eu de cesse de contraindre le gouvernement chaviste à aller plus loin dans sa réforme agraire permise par la Ley de Tierras en 2001 (seule 30% de son contenu est appliqué) puis par la mission Zamora en 2005 contre l'hégémonie des grands propriétaires terriens et les violences de leur riposte. L'auteur n'oublie pas non plus de montrer les limites du marxisme orthodoxe, prêt à dégainer des lectures inadaptées aux réalités venezueliennes comme l'appellation "lumpen" à caractère souvent élitiste et raciste, en réhabilitant les buhoneros comme principaux-les acteur-trice-s des mobilisations spontanées victorieuses contre le coup d'Etat de 2002 mais figures encore "impensé-e-s" de l'analyse de classe en tant que travailleur-se-s informel-le-s.

 

Il ne néglige pas non plus la spécificité des luttes afro-indigènes d'où ressort une nécessaire autonomie face à l'aveuglement à la race même des chavistes blanc-he-s quand l'idéologie du métissage sert encore de déni du racisme systémique persistant. C'est également l'un des points de rupture radicale avec le camp de droite qui ne ne s'embarrasse pas d'une négrophobie ouverte allant jusqu'à l'appel au meurtre contre "les singes".

 

Le cadre de la constitution bolivarienne a également nourri l'espoir d'une véritable prise en compte des femmes en terme de droits humains, économiques et politiques. Mais s'opposent deux tendances principales dans le camp gauchiste féministe : les féministes chavistes et les autonomistes pures. On reproche aux premières d'être inféodées à un gouvernement trop lent sur ses questions et pudibond vis-à-vis du poids de l'Eglise, aux autres de jouer le jeu de l'opposition ou de se caler sur un agenda féministe occidental. Elles ne se rejoignent que sur la conclusion qu'une révolution ne peut qu'être antiraciste et féministe, de même une société féministe et antiraciste ne peut qu'advenir que dans le cadre du dépassement du capitalisme.

 

Sans plus développer ces points ici, j'ai beaucoup apprécié les réflexions autour de la lutte anti-drogue dans les barrios comme point de départ des mouvements de milices populaires, les références constantes des Venezuelien-ne-s à la Commune mais aussi aux cumbes, le portrait rééclairé de Manuela Sáenz (maîtresse de Simón Bolívar et libératrice du Libertador), la mise en place d'un salaire domestique (article 88 de la réforme de la Constitution bolivarienne), l'évolution sémantique politique de "caribe" (issu du peuple Karaïbe), les citations du chanteur révolutionnaire Alí Primera , le choix du dépassement de la seule revendication ouvrière de nationalisation pour l'expropriation et l'autogestion contre un syndicalisme traditionnel corrompu et bourgeois. Le second interlude "tout 11 a son 13" décrypte quant à lui la violence de classe à l'oeuvre à travers les médias venezueliens lors de la tentative ratée de putsch en 1992. Les analyses de Gramsci sur l'hégémonie, du Fanon des Damnés de la terre, de Lénine sur la nature de l'Etat dans la révolution, de Régis Debray sur la lutte armée en Amérique latine sont constamment mises à contribution même si nuancées. 

 

Cet essai d'histoire contemporaine se clôt sur deux problématiques passionnantes, le communalisme et l'armée populaire, caractéristiques de la volonté libertaire venezuelienne de ne pas réifier d'Etat bourgeois et répressif, en multipliant les zones de pouvoir direct populaire, à même de repenser voire légitimer le recours à la violence révolutionnaire d'autodéfense (ou non) pour se séparer progressivement du modèle de monopole de la violence par l'Etat permise par le verticalisme autoritaire propre à l'armée traditionnelle.

 

De même,  le projet bolivarien met un point d'honneur à ne pas reproduire le centralisme bureaucratique en décalage complet avec les réalités paysannes ou celles des barrios de Caracas. L'ouvrage qui succède à We created Chávez de l'auteur, Building the commune : radical democracy in Venezuela, doit certainement permettre de développer encore plus cet aspect fondamental. En espérant que la Fabrique ou une autre maison d'éditions française puisse le traduire également... Pour oim en tout cas hihi.

 

Ciccariello-Maher se permet un mea culpa en postface de l'édition française, sur l'absence remarquable de Chávez dans son livre, ombre mais non-acteur du récit, alors que depuis sa disparition, la révolution bolivarienne est plus que jamais menacée... Le Venezuela est-il d'ores et déjà en mesure de se passer d'un-e leader charismatique pour défendre ses intérêts à l'échelle communale, régionale, nationale et internationale ? Les mal nommé-e-s chavistes (disons les comuneros) répondraient peut-être oui, ce leader existe déjà et il s'appelle el pueblo (à qui est dédié l'ouvrage).

Soutien à la révolution populaire au Venezuela !

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commentaires

Anuradha 06/07/2017 12:59

La position relayée par l'OCML VP est celle d'une organisation equatorienne, pas vraiment "franchouillarde"...

Vincent Fortune 06/07/2017 17:52

Bonjour et merci pour ta critique.

Tout à fait, désolé si je n'étais pas clair. Maiis ce qui m'interpelle, ce n'est pas la position de Vientos del pueblo mais ce choix partisan par Voie Prolétarienne de relayer cette position parmi d'autres. Ca n'a rien de neutre, particulièrement dans ce contexte. Evidemment, les communistes, anarchistes et socialistes par exemple bolivarien-ne-s, cubain-e-s, zapatistes et bien sûr venezuelien-ne-s peuvent avoir des vues différentes de la "crise" que je respecte. as-salaam

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