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15 mars 2015 7 15 /03 /mars /2015 11:04

Quand une gréviste de la mutinerie subit des représailles


Paris, ce dimanche
8 mars 2015 autour de 00h30 au bar « Chez Marie ». Alors que se déroule la soirée organisée par le collectif féministe « 8 Mars Pour Toutes », à l’occasion de la Journée de la lutte pour les droits des femmes, à la veille de la manifestation qu'il co-organisait également, une gréviste a été agressée violemment.

L’agresseur en question s’avère être un ancien collègue, trans et rebeu, « anti-grève » du bar « la mutinerie ». Il y a en effet été animateur d’atelier de combat et, pendant la grève, a été promu videur et serveur quand les grévistes ont, iels, été licenciéEs. Durant la grève - organisée par un groupe de serveurSEs, musulmanEs queers of color qui dénonçait les conditions d’exploitation capitalistes, racistes et sexistes en usage dans ce bar et ayant conduit à une procédure juridique aux Prud’hommes (toujours en cours) - il a fait partie de ceux et celles qui se sont adonnéEs à des comportements de harcèlement à l’encontre des grévistes (voir textes blog de soutien aux grévistes). L’une d’ielles, identifiée à mauvais titre comme leadeuse du mouvement, a été particulièrement et régulièrement insultée, diffamée, menacée, molestée. C’est elle qui s’est faite agresser dans la nuit de samedi à dimanche. Durant cette soirée, la violence a gravi un sérieux échelon, et s’est donc exercée contre celle qui était déjà particulièrement exposée durant toute cette lutte. Guettant un moment où elle était seule dehors pour fumer, il a surgit du bar avec une arme blanche cachée derrière son dos (un verre à pied qu’il tenait comme un poing américain) et, inventant un regard déplacé, s’en est servi de toute ses forces pour frapper son visage. Alors qu'elle ignorait pour la énième fois ses propos virulents sans fondements, il a attaqué par surprise dans l'intention de la défigurer. Elle a été transportée par les pompiers aux urgences et a déposé plainte.

Arrêté peu après l'agression, nous sommes bien conscient.e.s qu'il n'est que le bras armé racisé de figures mondaines blanches, bourges et racistes qui ont pris pour cible les grévistes depuis plus d'un an et demi, et qui notamment aux UEEH 2014*, ont souhaité dans un texte lu publiquement que "crève" la gréviste agressée (absente pourtant de l’évènement). Voici aujourd'hui les résultats de la division et de la violence orchestrées par les bourges blancs : côté gréviste, une meuf cis rebeue est violemment agressée, côté non gréviste un mec trans rebeu doit répondre de ses actes devant la justice, alors que les plus grandEs responsables de cette situation, ceux qui ont alimenté pour leurs profits, au sens propre comme au figuré, les divisions de race, classe et genre, peuvent dormir tranquilles. Cette haine démesurée et cette violence en dehors de toute lutte politique étaient déjà à l’origine de la grève. Si les grévistes étaient restéEs travailler là-bas, bien pire serait arrivé et bien plus tôt. Encore une fois, ça n'a rien de nouveau, la violence produite par la classe dominante circule entre les membres de la classe dominée, avec ici une agression violente contre une gréviste ! En plus de l’agression, une plainte déposée depuis par l’agresseur à l’encontre de cette gréviste et, parmi d’autres, contre les deux amis, trans of colors et musulmans, qui l’accompagnaient ce soir-là !

Nous tenons également à exprimer notre colère face à la réaction, ou au silence complice, de certaines personnes organisatrices de cette soirée (patronne/staff du bar, militantes féministes du collectif « 8 mars pour toutes »...) : certaines (en guise de « solidarité féministe » peut-être?) n'ont rien trouvé de mieux que de planquer l’agresseur dans la réserve et de nous empêcher l'accès au bar. Pire, lors d’une soirée féministe contre les violences, c’est l’épicier d’à côté qui a pris soin de notre camarade blessée. Honte à vous, à votre silence et vos mensonges. De quel féminisme parlons-nous quand, laissée dans son sang par des « militantes » qui protègent son agresseur, la seule alternative laissée à la victime pour espérer une quelconque justice, c'est de faire appel à la police qui, elle, a eu accès au bar ?


De plus, nous avons eu vent de la version qui a circulé pendant la manif, quelques heures à peine plus tard, concernant les faits survenus lors de cette soirée : la personne agressée aurait d'abord donné une claque avant de recevoir le châtiment mérité pour toute meuf qui ne plie pas : une balafre sur son visage. Ce scénario va, par ailleurs, à l’encontre de ce que quelques dizaines de témoins, proches ou inconnus des protagonistes ont vu : une agression gratuite de la part de la personne arrêtée qui porte son coup par surprise.


Il serait temps pour tout-e-s de comprendre que le féminisme n'est pas qu'un label pour vendre de la bière ou de « l'art alternatif" mais bien un engagement (social et politique) concret contre les violences, y compris dans le milieu féministe, y compris autour de soi. En tant que meufs et queers of color, cette communauté n’est définitivement pas la nôtre. Et s’il faut faire appel au système pour nous en défendre, malgré sa violence structurelle à notre égards, nous n’en auront pas honte. Parce que la vraie honte devrait venir du fait qu’il nous apparaît parfois moins violent pour nous que cette communauté LGBT blanche mondaine. Face à cette violence déchaînée, il nous faut construire nos propres alternatives, nos combats de façon autonome et concrète, faute d’une alternative communautaire qui refuse encore de se voir en oppresseur et qui, à l’image de la société française, nous envisage systématiquement comme des suspects et auprès de laquelle il faudrait se justifier.

Des témoins féministes de l’agression


*Universités d’Eté Euro-méditerranéennes Homosexuelles à Marseille (France)

https://soutienauxgrevistesinsoumiz.wordpress.com/2014/05/02/comprendre-la-greve-qui-a-lieu-a-la-mutinerie/

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Published by Vincent Fortune - dans Race Genre Grève à la Mutinerie
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