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7 janvier 2014 2 07 /01 /janvier /2014 13:11
Cinéma HK #6 : Boat people / Passeport pour l'enfer (1982)

Boat people / Passeport pour l’Enfer (1982) d'Ann Hui avec George Lam, Cora Miao, Season Ma, Andy Lau


C’est le premier et le seul film d’Ann Hui que j’ai vu (portrait en bas de l'article). Elle a sorti plus récemment, en 2011, A simple life qui a eu quelques bons échos critiques malgré sa rareté dans les salles.


Connue pour ses films engagés et réalistes, elle est l’une des rares cinéaste HK femme, qui plus reconnue internationalement et indépendante des grands studios.
Difficile à trouver et néanmoins incontournable dans sa filmographie, Boat people
(titre anglais) a été projeté en 2013 à l’Etrange festival grâce à Jello Biafra (ex-Dead
Kennedys) dans le cadre de sa carte blanche. Il est le dernier film de sa « trilogie » sur le
Vietnam et les immigrés clandestins, débutée avec The Boy from Vietnam (1978) et The
Story of Woo Viet (1981).


Il y a pour moi dans ce film la richesse à la fois d’un récit fort (et éprouvant) et d’un
discours critique qui n’a pas fini de questionner le monde du journalisme et du militantisme
révolutionnaire. Je ne voudrais pas mettre de côté la beauté photographique du film (les
scènes de la mise en bière de la mère ou de la découverte de ce qu’est une chambre d’hôtel par l’héroïne sont superbement filmées) mais comme je n’ai pas beaucoup d'bagages conceptuels sur le cinéma, les mots me manquent pour bien parler d’esthétique.


L’histoire, c’est bien sûr les premières années du Vietnam après la défaite de l’armée impérialiste états-unienne (avril 1975 avec la Libération de Saigon par l’Armée populaire vietnamienne), où se mêlent enthousiasme révolutionnaire et défis sociaux gigantesques. C’est la progressive désillusion envers une indépendance où sont normalisées la répression, la corruption et la misère qui va permettre d’aborder la question plus
médiatisée (à Hong-Kong et en Occident) des dits « boat people ».


Mais Ann Hui ne s’attache pas à une simple chronique misérabiliste et dépolitisée qui
ne fournirait aux spectateurs, notamment occidentaux qui verront son film, que de l’empathie superficielle, les confortant dans un rôle paternaliste de compatissant.


Présent lors de la Libération, Shiomi Akutagawa est un reporter japonais imaginant le
Vietnam d’après-guerre comme l’incarnation de l’idéal socialiste en marche. Le parti et les
élites locales l’invitent donc à poursuivre son travail photographique en revenant dans le
pays. Voilà où commence le second discours du film, implicite (le premier explicite : la
violence sociale du Vietnam d’après-guerre et le choix de l’exil pour beaucoup) : la facile
manipulation médiatique relayée par les journalistes étrangers sur un pays qu’il méconnaisse.
Car, entouré d’une guide zélée du Parti, hébergé par des bourgeois locaux aux goûts
français qui lui fournissent lit douillet, whiskey et laissez-passer, Shiomi se transforme en
photographe du pouvoir. Lassé pourtant des parcours tout tracés dans les Zones Economiques Nouvelles exemplaires et lisses, il arrive à sortir de cette dynamique de ne rapporter que des images validées par le nouveau régime.


S’il finit par déjouer ces clichés édulcorés d’un Vietnam d’après-guerre où santé rime
toujours avec éducation, Shiomi en photographiant la misère de la ville tombe dans un
nouveau travers et devient ce qu'on pourrait appeler un reporter de safari. Mais cette fois-ci, le constat ne vient pas de lui mais d’une fillette de 14 ans, mangeant à même le sol, qui finit par lui tirer la langue face au voyeurisme de ses photos.


Découvrant peu à peu la réalité atroce des zones de déminage forcée, la pauvreté
extrême de ses nouveaux ami-e-s et la cruauté des bureaucrates du Parti, Shiomi finit par
comprendre que les sous retirés de la vente de son bel appareil de photo auront infiniment plus de valeurs s’ils servent aux exilés que des tirages ne profitant qu’à sa gloire personnelle. Cette prise de conscience puisqu’elle est cette fois véritablement révolutionnaire ne pourra que s’avérer mortelle.

Ann Hui la réalisatrice

Ann Hui la réalisatrice

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